mardi 15 décembre 2009

Entre fiction et réalité, la télésérie蜗居



Un texte de Charles Hudon

Ayant pourtant battu tous les records de cotes d’écoute à Shanghai et ayant attiré une attention sans pareille dans le reste du pays, la télésérie préférée des Chinois vient d’être retirée des ondes. Le 22 novembre dernier, après avoir diffusé 10 des 35 épisodes de 蜗居 (woju, l’étroitesse du logement), « la chaîne de télévision jeunesse de Pékin » (北京台青少年频道) annonçait qu’elle mettait un terme à la diffusion de la populaire série. Dans les jours qui suivirent, la grande majorité des chaînes de télévision chinoises emboitèrent le pas. Sur le web, les internautes sont furieux. On prétend que ce serait le réalisme avec lequel la série dépeint la réalité des jeunes adultes vivants dans les grandes villes chinoises qui aurait mené à son interdiction. Certains officiels avouèrent d’ailleurs à mi-mots que la réalité étant déjà ce qu’elle est, il serait inutile d’en remettre en l’exposant quotidiennement au petit écran. 蜗居 serait en quelques sortes nuisible à l’érection d’une société harmonieuse. Le gouvernement a, bien entendu, démenti la rumeur. Selon les responsables, les rubans auraient tout simplement été abimés, affirmation qui n’a convaincu personne.

dimanche 6 décembre 2009

Plaidoyer pour une Chine verte

Un texte de David Ownby

L’avenir de la planète est dès maintenant aux mains des Chinois.

Pourquoi?

Premièrement parce que Kyoto n’a pas très bien marché. En dehors de l’UE, les seuls « succès » obtenus sont le fruit des crises (en Europe de l’Est et en Russie, entre autres) qui ont « déchauffé » les économies locales au profit des conditions climatiques. Deuxièmement parce que si Obama aimerait tourner la page pour que les EU assument enfin leurs lourdes responsabilités, il est handicapé par le refus de l’opposition conservatrice de se départir de la vision nombriliste de Bush-Cheney-Palin (et surtout de son utilité électorale dans la politique de blocage chère à la droite américaine). Les propositions—aussi modestes soient-elles—du Président américain risquent d’avoir du mal à sortir du Sénat. Et, finalement, parce que la Chine est devenue, depuis 2007, la plus grosse contributrice au réchauffement de la planète du fait de son économie, elle aussi surchauffée, et dont le carburant principal reste toujours le charbon. Cette « place d’honneur », la Chine risque de la garder longtemps, ce qui changera la donne pour tous.

lundi 16 novembre 2009

Super Mao 2009, version améliorée



Réappropriation identitaire : re-Maoïsation à l’ordre du jour?

"Il existe deux genres de culte de la personnalité. Le premier est un culte saint. Par exemple, le culte voué à Marx, Engels, Lénine et Staline, car ces personnages possèdent la vérité entre leurs mains. Le second est un faux culte de la personnalité, de l’adoration aveugle, un culte qui n’a pas fait l’objet d’analyse." Mao Zedong, 1958

Une analyse de Charles Hudon

Il y a à peine un an, très peu de gens prévoyaient que la Chine pouvait échapper à l’effondrement des marchés étasuniens sans entrer en sévère récession. Aujourd’hui, la vigueur avec laquelle la Chine a su orchestrer la reprise commence à faire taire les plus sceptiques. Alors que l’Occident rationnalise les ressources selon une logique de crise, la Chine, elle, se permet le luxe de l’extravagance. Le dernier exemple en date remonte à la semaine dernière : la mise en chantier, à Changsha, d’une statue de 32 mètres de haut représentant la tête de Mao Zedong. Le coût de cette entreprise est évalué à 300 millions de RMB (plus de 45 millions de dollars). Outre les implications économiques d’une pareille démesure, cette construction soulève un questionnement quant à la démarche idéologique sous-entendue par un tel projet.

mercredi 11 novembre 2009

L'Arctique aux ours polaires...et aux Chinois!?





Un texte de Nicolas Laflamme

Qui peut bien s’intéresser à l’Arctique? Les ours polaires, la Russie, le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Norvège? Toutes ces réponses m’apparaissent bien cohérentes. Toutefois, sans être voisin, d’autres acteurs se sentent concernés par la région arctique, ses ressources naturelles et sa situation stratégique. La Chine est l’un d’eux.

Ma récente lecture de l’article « La Chine doit absolument prendre part le plus vite possible au contentieux du pôle Nord » (中国必须尽快要加入北极之争) publié par le China.com (中华网) me poussa sur la route de la découverte des intérêts chinois dans le grand Nord. À vrai dire, la position chinoise n’a rien de surprenante. Lorsqu’un pays atteint un certain seuil de développement, ses intérêts ne se limitent plus qu’à l’intérieur de ses frontières, mais s’étendent plutôt à la planète toute entière. À ce sujet, nous pouvons prendre l’exemple de l’Union Européenne. Celle-ci a tenu en février dernier des exercices militaires dans le Nord avec les pays européens de la région arctique (Islande, Danemark, Norvège, Suède, Finlande). Ces manœuvres visaient à affirmer sa volonté de prendre également part aux enjeux reliés au pôle Nord. La puissance montante qu’est la Chine, de plus en plus consciente de son poids au sein de la communauté internationale, veut aussi faire entendre son opinion au sujet de l’Arctique. La Chine ne revendique évidemment pas avoir droit à toute la région arctique. C’est précisément les eaux internationales de l’océan Arctique, que les pays nordiques se disputent, qui intéressent la Chine. C’est sur cet aspect que se base ses visées polaires.

lundi 9 novembre 2009

La Chine et l’amour transnational





Un texte de Charles Hudon

Mondialisation, village global, ouverture économique, la Chine moderne est de plus en plus exposée à l’étranger… et aux étrangers! De nos jours, de plus en plus de visiteurs se rendent en Chine, s’y installent, y vivent, tout comme de plus en plus de Chinois quittent la Chine pour aller séjourner outre-mer. En contact les uns avec les autres, les relations amoureuses transnationales deviennent naturellement plus fréquentes. Bien entendu, cette réalité ne concerne pas la totalité des chinois. Pour bon nombre de campagnards, les « laowais » [étrangers]demeurent des créatures télévisuelles. Dans un pays où la modernité et la tradition entrent souvent en conflit, que pense la Chine de l’internationalisme amoureux? Est-ce que les mœurs se libéralisent aussi vite que l’économie? Un article publié dans de le Huanqiu Shibao du 26 octobre dernier laisse sous-entendre qu’il existerait peut-être un léger décalage entre l’opinion de Pékin et celle de la population en général.

mercredi 4 novembre 2009

Une nouvelle pomme de discorde entre Delhi et Beijing





Une analyse de Nicolas Laflamme

Les relations sino-indiennes sont encore une fois mises à l’épreuve. L’une des plus récentes querelles vient du fait que depuis le mois de mai dernier, le gouvernement chinois émet aux étudiants et aux hommes/femmes d’affaires du Cachemire indien des visas remplis à la main sur des pages séparées, brochées à leurs passeports. Nous pouvons en toute légitimité questionner la stratégie chinoise d’accorder un traitement spécial aux citoyens d’une région indépendantiste alors que la Chine est elle-même aux prises avec des mouvements internes sécessionnistes dans ses provinces du Xinjiang et du Tibet.

lundi 2 novembre 2009

Indiana Jones à l’asiatique : la Chine à la recherche de reliques légendaires





Un billet de Charles Hudon

Art islamique, antiquités égyptiennes, sculptures romaines, fresques amérindiennes… comment ces œuvres, en provenance des quatre coins de la planète, ont-elles pu se retrouver dans les plus grands musées du monde? Dans quelles conditions ces pièces furent-elles acquises? À qui appartient le patrimoine culturel mondial? La Chine se joint au débat et son influence grandissante sur la scène internationale pourrait jouer un rôle déterminant dans le règlement de cet enjeu.

Afin de comprendre la position de la Chine, il suffit de se poser quelques questions toutes simples. Par exemple, que diriez-vous si un étranger s’infiltrait dans votre maison, s’emparait de plusieurs objets ayant de la valeur à vos yeux et, avant de partir, mettait feu à votre domicile? Que feriez-vous si, peu de temps après, au vu et au su de tous, vos articles étaient mis en vente sans que la loi ne puisse faire quoi que ce soit pour protéger vos droits? Bien qu’il soit difficile de prédire qu’est-ce qu’un individu ferait dans une telle situation, je crois que nous pouvons nous entendre pour dire qu’il serait sans doute furieux, et à juste titre.

jeudi 22 octobre 2009

L’Organisation de Coopération de Shanghai se réunit à Pékin


Une analyse de Charles Hudon

Le 14 octobre dernier, avait lieu à Pékin une réunion du Conseil des chefs de gouvernements des États membres de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Les questions qui y furent discutées vinrent rappeler que, sous des apparences d’harmonie complète, des divergences profondes divisent encore la Chine et la Russie sur des thèmes cruciaux qui empêchent l’organisation d’atteindre sa pleine maturité.

jeudi 15 octobre 2009

À la recherche de la modernité chinoise


Une analyse de Valérie Nichols

Le but de cette entrée

Durant les années 1990, Wang Hui a entrepris un projet intellectuel de grande ampleur soit la description de l’évolution de la pensée sur la modernité en parcourant l’histoire des idées chinoises de la dynastie Song (960-1269) à la chute du régime impérial en 1911.

Plus de dix ans de labeur ont résulté en la publication de six tomes sur la pensée moderne chinoise, ainsi qu’un livre à paraître le 16 novembre 2009 en version anglaise sous le titre The End of the Revolution : China and the Limits of Modernity.

vendredi 9 octobre 2009

Ce que les affrontements dans le Nord nous révèlent à propos des relations Chine-Birmanie


Une analyse de Charles Hudon

Le mois dernier, un conflit armé éclatait au Nord de la Birmanie. Prenant le gouvernement chinois par surprise, qui n’avait vraisemblablement pas été prévenu, environ 30 000 réfugiés traversent la frontière pour trouver refuge dans le Yunnan voisin. Quelques semaines plus tard, la quasi-totalité des réfugiés quittèrent la Chine pour retrouver leur domicile. Pour ce qui est des détails, Rangoon, tout comme Pékin, restent on ne peut plus discrets. Depuis lors, aucune nouvelle. Blocage journalistique tant en Chine qu’en Birmanie. Les articles relatifs à la Birmanie sur les Blogues en Chine disparaissent de la mémoire internet.

Après un règne ininterrompu de près de 50 ans, la junte militaire birmane n’a pas encore réussi à asseoir son pouvoir sur la totalité de son territoire. Dans les zones frontalières, plus d’une dizaine de groupes rebelles évoluent toujours en parallèle du gouvernement central. La plupart de ces groupes se situent dans les provinces du Kachin et du Shan. La genèse de ce conflit remonte aux premières heures de l’indépendance birmane. Souvent financés et soutenus par des pouvoirs étrangers, principalement la Chine et la Thaïlande, ces groupes sont parvenus à tenir tête au gouvernement central jusqu’à aujourd’hui.

Le plus important de ces groupes, l’Armée d’État de la Minorité Wa, compte sur une force armée de plus de 20 000 soldats. Après une vingtaine d’années de calme, le 31 août dernier, la Junte rompt le statut quo et s’en prend militairement à la minorité autonomiste d’origine chinoise Kokang. En moins d’une semaine, la résistance est étouffée. En Chine, le geste est perçu comme un acte de provocation. Ignorant les appels répétés du ministre des affaires extérieures chinois pressant la Junte de préserver la stabilité ainsi que l’intégrité des citoyens chinois vivant dans les zones frontalières, l’armée birmane ne cesse de déployer des troupes en prévision de ce qui semble être une attaque prochaine contre l’ethnie Wa. Ces événements révèlent une certaine autonomie de la Junte face à Pékin, autonomie dont plusieurs croyaient la Birmanie incapable.


Besoin d'un allié puissant


Instable tant politiquement que socialement, pris entre les intérêts géopolitiques de l’Inde et de la Chine, isolée internationalement, la Junte ne peut difficilement survivre sans s’allier à une puissance voisine. Jusqu’à tout récemment, tout semblait indiquer que la Birmanie avait choisi la Chine pour lui servir de parrain à l’échelle internationale. En effet, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que les contacts entre les voisins furent rompus, sous Ne Win, en 1962. Depuis la normalisation de leurs relations en 1988, la Chine se présente aujourd’hui comme l'un des plus importants acteurs au cœur des affaires internes et externes birmanes. Parfois, les plus cyniques vont même jusqu’à la décrire comme une colonie économique et militaire de l’empire du milieu. Dans de telles circonstances, il apparaît pour le moins surprenant de voir les rappels à l’ordre formulés par la Chine ignorés par la junte. Cet événement nous offre l’opportunité de poser un second regard sur les relations qu’entretiennent la Chine et la Birmanie.

jeudi 8 octobre 2009

L’herbe n’est pas toujours plus verte à Pékin


Du 21 au 24 février 2001, Pékin recevait la visite officielle des membres de la commission d'évaluation du Comité international olympique (CIO) afin d’apprécier la candidature de la ville aux Jeux Olympiques de 2008.

Elle s’était faite belle pour l’occasion, malgré une fin d’hiver prise de smog et une température froide. J’ai encore en tête les clips télé montrant les travailleurs d’entretien de la ville affairés à balayer les rues et surtout, à peinturer à l’aérosol la pelouse de la ville pour lui donner un bel éclat vert. Peu importe les saisons, peu importe les éléments, la pelouse sera verte pour la visite du CIO!

Les reporters et autres commentateurs étrangers n’avaient pas manqué de soulever ce point. Le traitement était tantôt cocasse (de style, « Ils sont fous ces Chinois !»), tantôt hargneux. Certains n’avaient pas hésité non plus à en faire une métaphore de la gestion que faisait le gouvernement de la situation des droits de l’homme et autres choses qu’il tentait de soi-disant cacher au CIO.

Bref, un traitement médiatique classique en son genre.

Pendant ce temps, plusieurs années plus tôt...
Il y a de cela quelques semaines, je regardais Tout le monde en parlait à Radio-Canada, cette émission qui plonge dans les archives de la société d’état pour nous faire revivre des événements marquants de l’histoire du Québec. L’épisode en question portait sur l’Exposition universelle de 1967 tenue à Montréal. Et on y rapportait un fait plutôt cocasse, corroboré par le Centre d'histoire de Montréal.

L’Expo de Montréal a été inauguré en avril. Vous qui connaissez nos fraîches températures printanières et qui savez la verdure plus que timide en ce temps de l’année, vous devinez ce qu’on a fait? Je vous le donne en mille :
« La tourbe de la Place des Nations, lieu des cérémonies d'ouverture, n'avait pas eu le temps de verdir en ce mois d'avril un peu frisquet de 1967. C'est alors que le jeune horticulteur en chef, Pierre Bourque, eut l'idée de peindre la pelouse d'un beau vert printanier pour les cérémonies d'ouverture! »*
Quand on sait l’amour de Pierre Bourque pour la Chine et les bonnes relations qu’il y a entretenues plus tard à titre de maire de la ville (de 1994 à 2001), c’est à se demander s’il n’a pas personnellement révélé son truc aux Chinois!


Simon Hobeila à Montréal

*Cette citation est tirée de cette page du Centre d’histoire de Montréal sur l’Expo 67. On y apprend entre autres que plusieurs tonnes de DDT ont été répandues dans le St-Laurent pour combattre la prolifération des « mannes » et que la Ville créa l'Office de l'Embellissement de Montréal pour cacher ses taudis. Comme quoi les Olympiques, plus ça change, plus c'est pareil.

jeudi 1 octobre 2009

"À 60 ans, mon oreille se pacifia"

Dans Les Entretiens de Confucius, on trouve les réflexions autobiographiques suivantes du sage:

“A quinze ans, ma volonté s'appliquait à l'étude, à trente ans je m’étais affirmé, à quarante ans délivré du doute, à cinquante je connaissais le décret du Ciel, à soixante, mon oreille se pacifia et à soixante-dix ans, suivant les désirs de mon cœur, je n'enfreignais plus aucune règle”.

Le maître évoque dans ces propos un projet personnel de perfectionnement intellectuel et surtout moral, sensé se poursuivre tout au long de la vie d’un homme. Le parcours d’une nation est tout autre. Ceci étant, il n’est pas sans intérêt, à l’occasion du 60e anniversaire de la République Populaire de Chine, de réfléchir sur l’histoire du régime à la lumière des jalons posés par Confucius. Peut-on dire qu’à 60 ans, la RPC a « l’oreille pacifiée, » en d’autres mots qu’elle est sûre du chemin qu’elle a pris au point de ne plus avoir à « écouter » ailleurs?

mercredi 30 septembre 2009

Cadeau d’anniversaire pour les abonnés de China Mobile





Cadeau surprise pour les 500 millions abonnés de China Mobile, compagnie géante de télécommunications chinoise, à l’occasion du 60 anniversaire de la République populaire de Chine: sans préavis, la compagnie a remplacé le ringtone ordinaire sur tous les cellulaires par la chanson patriotique “Mon pays bien aimé,” nouvelle toune de…Jackie Chan.

À prévoir l’été prochain: Fido, Céline Dion, et “Ô Canada.” Vive le modèle chinois.

David Ownby à Montréal

mardi 29 septembre 2009

Un 60ème anniversaire pas si réjouissant finalement




Un 60ème anniversaire pas si réjouissant finalement: la crise de la soixantaine?

On parle beaucoup des festivités entourant le 60ème anniversaire de la Chine ces jours-ci. À Hong Kong, mes amis discutent du restaurant avec la meilleure vue pour assister aux feux d'artifice, de la meilleure fête de fin de soirée pour célébrer, etc. Le 60ème anniversaire ne semble qu'être une autre de ces belles occasions pour célébrer pour des gens de tous acabits, de toute provenance.

Cependant, un anniversaire ne se résume jamais uniquement à une célébration. Plus souvent qu'autrement, il amorce une période de constat et d'autocritique.

Dans l’édition de cette semaine du Time Magazine (5 octobre 2009) (lire l'article complet), l’architecte chinois Ai Weiwei signe un pamphlet bien senti sur l'état de la Chine actuelle. Ai Weiwei est l’un des personnages publics chinois les plus intéressants, colorés mais aussi courageux de la Chine d'aujourd'hui. Il combine une carrière internationale remarquable dans le milieu des arts à une bataille publique acharnée contre les excès du gouvernement chinois. Son arme de choix: l'internet.

samedi 19 septembre 2009

Célébration socialiste Sino-Nord-coréenne à Chengdu



Le nucléaire est mis à l’écart pour faire place à la culture

Il fut un temps où seul le divertissement à forte teneur patriotique était permis en Chine. À cette époque, "La petite vendeuse de fleurs" (卖花姑娘) , opéra nord-coréen, plus tard adapté en film, faisait fureur au sein de l’empire du milieu. Côté récréation, 30 ans après les réformes économiques mises de l’avant par Deng Xiaoping, la situation est méconnaissable. Aujourd’hui, l’art nord-coréen a presque totalement disparu en Chine. Lorsque que la nouvelle de la venue de l’Orchestre Cinématographique Nationale Nord-Coréen vint à nous à Kunming, les 24 heures de train qui nous séparaient de Chengdu n’arrivèrent pas à calmer notre enthousiasme. Dans 50 ans d’existence, l’orchestre n’avait jamais quitté sa terre natale. La Chine semblait tout désignée pour célébrer ce baptême international. Pour la modique somme de 62 dollars canadiens, d’excellentes places au parterre nous attendaient pour ce moment qui promettait d’être pour le moins… bouleversant.

vendredi 18 septembre 2009

Comment devenir un universitaire tout-puissant dans la Chine post-Tiananmen: l’exemple du parcours de Wang Hui ou les cinq clés du succès



Un parcours sans faute au sein du système universitaire chinois, des séjours prolongés dans les institutions phares des États-Unis, une masse touffue de publications en anglais et en chinois, un rôle actif dans la vie intellectuelle chinoise ainsi qu’une plume qui ne laisse personne indifférent sauf les censeurs du parti communiste sont les clés du succès pour l’universitaire chinois d’aujourd’hui. Avis aux intéressés.


Wang Hui (汪晖), professeur de littérature chinoise de l’université Tsinghua, s’intéresse aux différentes narrations de la modernité proposées par des penseurs chinois depuis la dynastie Song. Vous me suivez? Son auditoire cible se compose de jeunes étudiants férus de philosophie et de théoriciens occidentaux carburant aux nouvelles manifestations de la postmodernité. Pour la plupart des Chinois, Wang Hui n’est donc qu’un autre de ces illustres inconnus, un intellectuel à l’ego fort mais sans grande utilité.

Paradoxalement, l’universitaire jouit d’une réputation enviable au sein de la communauté universitaire internationale. Selon la revue Foreign Policy, Wang fait partie des 100 intellectuels publics les plus influents du monde en 2008. Pour donner un petit aperçu de la liste, Wang Hui y côtoie le philosophe montréalais Charles Taylor, l’écrivain à succès Malcom Gladwell qui vient de publier The Outliers et le chef du parti libéral du Canada, Michael Ignatieff. Du côté chinois, certains reconnaitront l’économiste Fan Gang et l’éditrice du très pertinent magazine d’affaires publiques Caijing Hu Shuli.

Certes, Wang Hui n’a pas de talk-show à la Oprah et fait très peu dans la vulgarisation. Il ne lie sa voix avec aucune victime de la dureté du régime (Hu Jia, Liu Xiaobo…). Bref, Wang ne fait ni dans le populaire, ni dans la dissidence. Il est avant tout un universitaire de première classe publiant incessamment sur une variété de sujets allant du scientisme à la problématique de l’indépendance tibétaine, de la philosophie de Kang Youwei aux conditions de simples ouvriers, le tout en se référant a des modèles théoriques complexes empruntées aux courants les plus progressifs de littérature comparée.

La thèse que je soutiens ici est que la construction de l’influence universitaire en Chine est de plus en plus basée sur un système de méritocratie à l’Occidental. En tout état de cause, Wang Hui est un bon exemple d’un nouveau type d’intellectuel qui a émergé dans la Chine d’après 1978. Professionnellement consacré par son poste à Tsinghua et ses nombreuses reconnaissances nationales et internationales, Wang Hui a le parcours typé de l’universitaire convoité par les institutions universitaires chinoises :1) une formation partielle en Occident, préférablement aux États-Unis; 2) un rayonnement à l’étranger; tout en maintenant; 3) un rôle actif sur la scène intellectuelle en Chine continentale; 4) une ligne de pensée qui tout en demeurant critique de la situation présente, ne chamboule pas trop le parti et ne l’attaque pas de front; 5) une capacité à créer la polémique au sein de la communauté intellectuelle chinoise.

lundi 14 septembre 2009

Le modèle chinois…nouvelle importation américaine





Le modèle politique chinois a été régulièrement évoqué par les médias cet été dans le contexte des élections iraniennes, à la fois en tant que régime autoritaire prêt à intervenir pour museler les revendications démocratiques d’une partie de sa population, mais aussi en tant qu’exemple positif de régime mûr et stable—si toujours autoritaire. Rien de surprenant alors à ce que les médias soulignent l’existence de possibles parallèles entre les élections en Iran et les événements de Tiananmen dont c’était le vingtième anniversaire cet été. Par contre, l’idée que la Chine actuelle serait un modèle que les autorités iraniennes devraient suivre a de quoi faire réfléchir.


Suivez le Guide – Tianjin (ou ne le suivez pas)




Lorsqu’on découvre la Chine, voire qu’on y voyage pour la première fois, on est frappé par l’immensité de ce pays (bien que derrière le Canada en terme de superficie, élément factuel toujours sympathique à lancer à un Chinois qui mentionne entre chaque bouchée de riz les 5 000 ans de sa civilisation!). Une question s’impose alors rapidement à l’esprit du voyageur : sans déménager en Chine, aurais-je assez d’une vie pour venir à bout de cette richesse, du festival hivernal de Harbin aux steppes mongoles, de l’ancienne île britannique de Hong Kong au « paradis terrestre » de Hangzhou? Incontestablement, des choix s’imposent.

La technique la plus efficace si un routard veut avoir vers la fin de sa vie le sentiment du devoir accompli est celle de la « black list ». Une liste des lieux à ne pas visiter. Si ce n’est pas déjà fait, je prends la liberté de vous conseiller un premier endroit à noter sur cette liste : Tianjin.

mercredi 9 septembre 2009

Tels des fantômes affamés dans le nouveau Chinatown

Dès les premiers jours de la belle saison, accompagné d’amis sinophiles et gourmands, je me proposais d’assouvir une foudroyante envie de manger chinois en explorant le « nouveau Chinatown » de Montréal. Le plan d’action était fort simple : goûter un maximum de plats dans un maximum de restaurants en un après-midi!

Gonflés à bloc par l’article de Cedric Sam (du blogue Comme les Chinois) décrivant les merveilles culinaires des rues jouxtant la Ste-Catherine entre Bishop et Atwater, armés d’une carte marquant d’un « X » chaque resto ou épicerie comme autant de trésors à découvrir, nous étions résolus à donner la chance à autant de candidats de devenir notre nouveau restaurant chinois préféré à Montréal.

À la différence du Chinatown officiel, fermement empreint des vagues migratoires antérieures en provenance de Hong Kong, de Taiwan, du Vietnam du Sud, du Laos et du Cambodge*, le « nouveau Chinatown » est le lieu d’une forte immigration venant de Chine continentale, généralement de langue mandarine. Bref, un endroit tout indiqué pour satisfaire nos palais habitués à la cuisine du Nord.


Et nous ne fûmes pas déçus! Dès la première escale, dumpling frais, nouilles faites main et 肉加莫(ròujiāmò) nous ont retenu à table pendant près de deux heures, menaçant sérieusement de saborder notre plan d'en goûter plus… La témérité de notre joyeuse équipée et surtout le désir de mettre la main sur quelques brochettes 串儿 (chuānr) ont toutefois vite fait de nous envoyer en direction d’une seconde tablée qui porta un coup délicieusement fatal à ce qui subsistait de notre appétit.

Rassasiés de corps et d'esprit, ayant réprimé un instant la nostalgie de nos épopées culinaires de jadis en Chine, le reste de l'après-midi fut consommé à visiter les petites épiceries du coin et prendre connaissance des menus d'autres restos que nous hanterons dans nos visites futures...

Mais je n'en révèlerai pas plus ici et laisse aux gourmands le plaisir de la découverte. Imprimez donc la carte du quartier et dites-vous que pour manger chinois sur l’île, vaut mieux passer à l’ouest!

Simon Hobeila à Montréal

*Sur l'histoire des Chinois à Montréal et du Chinatown, voir Denise Helly, Les Chinois à Montréal, 1877-1951, Institut québécois de recherche sur la culture, 1987, 315 p.

lundi 13 juillet 2009

De la vie au-delà de la démocratie libérale


Depuis la chute du mur de Berlin, rien ne semble exister au-delà des frontières du libéralisme démocratique. Joyau de la couronne, ce système est fréquemment présenté comme l’idéal politique appelé à conquérir le monde. Lorsqu’il est question de l’évolution que devrait prendre le système politique en Chine, la même logique s’applique. Pour de nombreux politicologues qui suivent la question de près, si la démocratie libérale ne s’est pas encore implantée en Chine, il ne serait question, au mieux, que d’un retard, au pire, d’une exception qui confirme la règle.

Alors que tant de différences existent dans le monde au niveau des cultures, des valeurs, des économies et des stratégies de développement rattachées aux spécificités de chaque pays, il paraît difficile d’imaginer qu’un seul système d’organisation politique puisse servir de prescription unique à l’ensemble des pays. Au moment même où il apparaît évident que l’Occident a failli à sa tâche de gendarme et de banquier mondial ainsi que de phare pour la culture et la morale planétaire, il serait peut-être pertinent d’explorer certaines alternatives qui sortent du modèle d’organisation politique proposé par l’Ouest. En Chine, un penseur travaille dans ce sens : Jiang Qing.

Jing Qing rejette d’emblée l’option « démocratie libérale ». En fait, il rejette l’ensemble des modèles politiques projetés par l’Occident, ce qui inclut évidemment le communisme. Selon lui, un système politique jugé légitime devrait prendre racine dans les traditions chinoises. Ce faisant, il se tourne naturellement vers le confucianisme.

En 2003, il publie Political Confucianism, livre qui est depuis considéré comme la défense la plus influente du confucianisme comme philosophie politique moderne (cet ouvrage n'a malheureusement pas encore été traduit en anglais). Jiang Qing est perçu comme un confucianiste orthodoxe, même si certains vont jusqu’à le qualifier de « fondamentaliste ». À moins d’informations contraires, après avoir été disponible pendant quelques mois, son livre serait aujourd’hui interdit en Chine.

samedi 4 juillet 2009

Un lieu de travail transformé en zone de combat ethnique: 2 Ouïghours tués




Une discrimination raciale à peine déguisée


Situation économique oblige, de plus en plus de Ouïghours s’exilent vers l’est à la recherche d’emplois. Du Xingjiang, des agences organisent même le transport de travailleurs vers le Guangdong, là ou se trouve les usines du monde. Cette population migrante est souvent stigmatisée et considérée comme une nuisance. On les traite de violeurs et de voleurs. Cette vidéo trouvée sur youtube en est un bon exemple.





Comme vous le remarquerez vous-mêmes, plusieurs simples photos de Ouïghours sont juxtaposées à d’autres ou l’on voient des voleurs (pick-pocket) à l’œuvre. Comme discrimination gratuite et de haine par association, il est difficile de trouver mieux…

lundi 22 juin 2009

Yu Dan: Le confucianisme à la portée de tous



En Chine, une nouvelle étoile est née, et ce n’est pas une star du hip hop ou une nouvelle télésérie réalité qui se retrouve au sommet de tous les palmarès. Non, c’est Yu Dan, professeur de média à l’université normale de Pékin. Son succès? Parler de Confucius de façon simple et claire, en l’actualisant et en l’adaptant à la vie chinoise moderne. Au rythme d’une heure par jour, ses sept conférences télévisées attirèrent un auditoire si nombreux qu’on décida d’en faire un livre, qui brisa tous les records de vente. Mais alors qu’à une époque encore pas si lointaine, parler en bien de Confucius représentait un geste politiquement risqué, comment expliquer ce soudain revirement dans l’empire du milieu? Comment expliquer cette redécouverte si passionnée?

En écoutant la conférence de Yu Dan, on comprend vite que ce n’est pas vraiment de philosophie classique dont il est question, mais bien d’une allocution qui s’appuie sur Confucius pour vendre des idées presque « nouvel âge » sur l’art de vivre, le bien-être personnel, l’amour et la tolérance. Alors qu’au cours des dernières années, bon nombre de Chinois ont littéralement mis leur vie de côté au profit d’une course au succès matériel effrénée, Yu Dan trouve tout naturellement plusieurs oreilles attentives. Confucius est utilisé comme médium, et non comme objet, et ce qui ne correspond pas à la vision de Yu Dan des relations interpersonnelles, de la connaissance de soi et de la poursuite du bonheur est tout simplement mis à l’écart. Bien que Confucius soit omniprésent dans son discours, il semblerait que c’est plus la fonction « chicken soup for the soul » qui explique la démesure de son succès. Et comme la vaste majorité des Chinois n’ont jamais lu Confucius, plusieurs n’y ont vu que du feu.

mardi 16 juin 2009

Veille d’information en études chinoises



Il suffit de feuilleter le Wall Street Journal, le Financial Times, n’importe quel journal d’affaires pour le constater : la crise économique qui secoue la planète ne fait qu’accélérer la montée de la Chine. Nous apprenons aujourd’hui, par exemple, que la China va accorder un crédit de 10 milliards de dollars US à l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui regroupe la Russie, la Chine et des pays d'Asie centrale, pour faire face aux conséquences de la crise. L’expansion du pouvoir et de l’influence de la Chine est accompagnée, tout le monde le sait, par une révolution en matière d’informations et de communications—une révolution, d’ailleurs, où la Chine joue, quelle surprise, un rôle majeur.

Que faire pour se tenir au courant de ce qui se passe en Chine? Pour relever ce défi, le blogue est fier de vous recommander un nouvel outil, mis au point par Pascale Coulette, bibliothécaire au Centre d’études de l’Asie de l’Est de l’Université de Montréal. Intitulé « Veille d’information en études chinoises, » l’outil est construit sur la plate-forme « Netvibes », un aggrégateur d’informations à la fois puissant et facile à utiliser; il fournit de multiples fils d’information sur l’actualité chinoise. Sur la page d’accueil se trouvent des explications sur le fonctionnement du Netvibes et sur les fils RSS pour les néophytes. Viennent ensuite:

« Quoi de neuf dans les revues » où sont regroupées des revues académiques sur la Chine, en français et en anglais;

« Quoi de neuf dans la presse » qui suit l’actualité chinoise à travers les fils d’information en français, anglais et chinois;

« Quoi de neuf sur les blogues » où sont répertoriés les blogues les plus importants sur la Chine en français, anglais et chinois;

« Bases de données et RSS » qui permet à l’usager d’être tenu au courant des toutes dernières publications sur un sujet de recherche, en créant des alertes en format RSS dans certaines bases de données bibliographiques;

« Partage de signets », qui s’adresse aux sinologues désirant partager leurs intérêts et leurs recherches sur la Chine par l’entremise d’outils de réseautage;

« Veille sino-doc », qui s’adresse aux férus de bibliothéconomie chinoise.

Et ce n’est pas tout. « Veille d’information en études chinoises », aussi impressionnante qu’elle le soit déjà, n’est pas un outil rigide, mais une plate-forme souple, une invitation pour l’usager à créer son propre outil de recherche, adapté à ses besoins, tout en s’inspirant de ce que Pascale Coulette lui a déjà fourni. Il suffit d’ouvrir son propre compte sur Netvibes et de prendre comme base le « gabarit » fourni par le site http://netvibes.com/sinologie. Rien de plus simple.

David Ownby, à Montréal

jeudi 11 juin 2009

Alerte sur nez coulants: autopsie d'une pandémie annoncée


La nouvelle vient de tomber!
Douze nouveaux cas de grippe H1N1 ont été découverts au très élitiste St-Paul's Convent de l'île d'Hong Kong cette semaine. Premières victimes indigènes de la maladie--- aucun des malades n'a quitté Hong Kong dans les dernières semaines, elles s'ajoutent à la cinquantaine de cas déjà répertoriés sur le territoire. Click here for English.

Aujourd’hui, 11 juin 2009, l'Organisation mondiale de la Santé a élevé à 6 le niveau de gravité de la pandémie. Puis, en début d’après-midi, les autorités hongkongaises ont annoncé par voie de communiqué la fermeture en masse de toutes les institutions scolaires primaires de l’archipel. Ce sont plus de 500 000 élèves qui sont touchées par cette mesure. On peut lire un article très complet à ce sujet ici

Pour les 2 prochaines semaines, les salles de cinéma d’Hong Kong seront bondées du lundi au vendredi. Les patinoires, autrement vides en semaine, seront envahies par de petits patineurs débutants. Les plages de la ville deviendront bruyantes.

Pour les 2 prochaines semaines, des dizaines de milliers d’écoliers de toutes les écoles primaires d’Hong Kong seront privés d’école (sic). Action, réaction!

Qu’en disent les parents de la ville? Imaginez, tous les jeunes de moins de 12 ans à la maison deux semaines avant le début des vacances! Quoi faire? Qui va s’en occuper? De pareilles interrogations causeraient une commotion générale chez les parents québécois.

Certes, la situation d’Hong Kong est assez différente. Plus de 10% des familles ont une bonne à la maison. Mais pour les autres? Comment s’organiser avec si peu de préavis? N’était-ce une mesure exagérée qui ne tient pas compte de la situation des parents-travailleurs?


Hong Kong : vivre dans une boîte de sardines

C’est que depuis la crise du SARS de 2004, Hong Kong ne lésine pas en matière de mesures sanitaires. L'archipel qui compte en moyenne 6000 habitants par kilomètre carrée est un lieu de promiscuité incomparable. Un paradis pour virus.

Le port du masque est obligatoire dans la majorité des hôpitaux et les cliniques d’Hong Kong. Les distributrices de désinfectant liquide abondent dans tous les lieux publics et les quartiers résidentiels. Les boutons d'ascenseurs sont stérilisés plusieurs fois par jour. Les frontières du pays sont surveillées par une équipe d'infirmières. La température corporelle des nouveaux visiteurs est scrutée.

Avoir une mauvaise toux à Hong Kong, c'est un suicide social. On sent les reproches des passants. Une vieille dame m'a même déjà forcé à mettre un masque en me grondant comme un enfant en pleine rue.

C'est dans cet atmosphère un peu paranoïaque que s'inscrit les mesures gouvernementales récentes pour éviter la pandémie.


Lorsque le premier cas de grippe H1N1 fut découvert en avril 2009, le gouvernement n’a pas hésité à mettre en quarantaine un hôtel entier et son personnel pour une période d'une semaine. Les allées et venues du touriste mexicain pendant sa journée à Hong Kong furent scrutés par tous les tabloids de la ville. Au Metropark, le lobby s’est rapidement transformé en scène de télé réalité. De jeunes touristes enfermés réclamaient des discussions téléphoniques avec le public massé à l’extérieur. Vous pouvez les regarder en pleine action ici. Un vrai cirque. Le gouvernement d’Hong Kong avait d’ailleurs été longuement critiqué pour l’imposition de telles mesures considérées d'exagérées par plusieurs.

Puis, durant les mois d’avril et de mai, quelques jeunes étudiants d’Hong Kong rapportaient sur Facebook et sur Twitter leur mise en quarantaine dès leur retour de leur séjour d'étude. Une étampe du Canada ou des États-Unis n’avaient jamais été autant de mauvais augure.

Quand un virus devient le sujet d'un débat patriotique
À lire les blogues chinois ces dernières semaines, réagir avec efficacité à la grippe H1N1 est une question de fierté nationale. Tous les instruments technologiques sont d'ailleurs mis au profit d'une campagne d'information sur la grippe H1N1. Lire ici sur l'usage de Twitter et ici sur l'historique de la pandémie en Chine. Plusieurs Chinois en ont même appelé à leurs ressortissants étudiant ou travaillant en Amérique du Nord de ne pas retourner au pays pour l’été.

En ce sens, Hong Kong donne l’exemple et se sert des leçons apprises au plus haut de la crise du SARS. Du moins, la réaction est extrêmement rapide et tout risque est minimisé.

Comme parent, pourtant, il faudra endurer. 2 semaines, 2 semaines…
Valérie Nichols à Hong Kong (hélas)

D’une invisible 20e commémoration du 4 juin 1989 au festif et bruyant 60e anniversaire dynastique

L’an 2009 est loin d'être d’une sinécure pour le fonctionnariat chinois : après la tourmente invisible du 20e anniversaire de Tiananmen viennent les préparatifs pour le 60e de la République populaire de Chine. Alors que le mercure atteint quotidiennement 30 degré dans le nord de la Chine, les mandarins des hautes instances administratives pékinoises ont-ils des sueurs froides? Click here for English.

Déjà, des signes avant-coureurs démontrent qu’on prend l’événement très au sérieux. Le modus operandi des JO est repris : restriction des visas. Plusieurs agences chinoises indiquent qu’à partir de la mi-septembre, soit trois mois avant la date d’anniversaire du 1e octobre, ils ne pourront plus émettre de visas d’affaires.

Le 60e anniversaire de la Nouvelle Chine n’est pas un événement qui se consommera en un jour, la marche vers cette célébration commença déjà…le 1 octobre 2008. Afin de cultiver le patriotisme et la santé de la jeune génération de Chinois, le Ministère de l’Éducation décida d’ajouter le jogging au cursus académique. L’objectif pour avril 2009 était de 120 km pour les petits petits, 180 km pour les collégiens et 240 km pour les lycéens et les universitaires. (L’attentif mathématicien remarquera que ces rondelets numéros sont tous des multiples de 60).

Si les JO se voulaient une vitrine sur la modernisation et la qualité de ses athlètes chinois et si Expo Shanghai 2010 en sera une sur le futur rayonnement de la jeune dynastie, la première parade des armées chinoises du 21ième siècle à l’occasion du 60e sera une vitrine sur sa puissance militaire. Pour Fang Fenghui, commandant de la région militaire de Beijing et député à la XIe Assemblée populaire national (APN), « l'apparition de nouveaux équipements militaires brillants sera l'un des sommets de ce défilé militaire. » Cette 14e parade militaire revêt un caractère particulier dans le sens où lors du premier défilé en 1949, la contribution chinoise à l’équipement militaire se résumait aux chevaux, alors qu’en 2009, comme l’indique Fang Fenghui, « de plus nombreux équipements de fabrication chinoise, encore plus dissuasifs, feront leur apparition dans la parade. »

dimanche 7 juin 2009

Lu et vu: Marcher sur la corde raide, défis et solutions du droit de l'environnement en Chine

Le 2 juin, l’université McGill recevait Wang Canfa, directeur-fondateur du « Center of Legal Assistance for Pollution Victims » (CLAPV) et professeur à la China University of Political Science and Law, pour une conférence portant sur les défis et solutions entourant le droit environnemental en Chine. Click here for English.


Celui qui, en 2007, avait été nommé « Héro de l’environnement» par le Time Magazine débute sa conférence en posant un constat d’échec : malgré les efforts considérables mis de l’avant depuis l’ère des réformes, l’environnement continue à se détériorer en Chine. Avant 1978, le concept de législation environnementale était totalement inexistant. Depuis lors, la situation a bien changé. Qu’il soit question de pollution des mers, des nappes phréatiques, de l’air, la Chine est, du point de vue légal, au pair avec la plupart de pays industrialisés


Pourtant, ces dernières années, la pollution des sols, causée par les métaux lourds, a entrainé une diminution de 10 millions de tonnes de production de grain, pertes évaluées à plusieurs millions de yuans. À peine 200 kilomètres au nord de Pékin, un désert remplace aujourd’hui ce qui fut jadis de vertes pleines. Dans plusieurs régions de la Chine, la désertification progresse de façon alarmante. La production de déchets d’origine animale progresse aussi à un rythme inquiétant. La production de ces derniers dépasse désormais la production de déchets domestiques qui elle, augmente en moyenne de 12.5% annuellement. Côté maritime, le phénomène de « marrée rouge » (red tide, ou 赤潮), marées toxiques causées par une surabondance de pesticides agricoles ou de détergents industriels dans les eaux, augmente sans cesse depuis les années 60. Pour finir, dans le Sud-Est du pays, les émissions d’oxyde d’azote sont à la base d’importants problèmes liés aux pluies acides qui touchent maintenant près d’une tiers du pays. Ce type d’épisode pluvieux entraine des conséquences néfaste tant pour la faune que pour la flore.

Réactions à chaud: 20 ans après Tiananmen, que reste-t-il des idéaux démocratiques en Chine?

Vingt ans après les événements ayant balayé pour l’instant les espoirs d’une démocratisation, ou du moins d’une véritable réforme politique en Chine, que reste-t-il des idéaux démocratiques dans ce pays? Click here for English.

Il est tout d’abord important de préciser que plusieurs sinologues croient que la démocratie multipartite, assortie d’élections libres et impartiales, se situe pour l’instant bien loin des préoccupations immédiates de la plupart des citoyens chinois et de celles des élites intellectuelles du pays. De même, l’espoir de voir apparaître une opposition politique organisée relève actuellement de l’utopie. En effet, depuis la réponse brutale du parti aux quatre demandes formulées par les étudiants au printemps de 1989 (1- de meilleures conditions pour les intellectuels et les étudiants, incluant plus d’argent pour l’éducation; 2- la fin de la corruption des cadres du parti; 3- une réforme politique conduisant à plus de démocratie; et 4- le respect des libertés individuelles, comme la liberté d’association, de parole et de la presse), toute tentative d’organisation politique ou civile à l’extérieur du cadre fixé - exclusivement - par le parti a été éliminée à la source.

Or, malgré cette contrainte, les valeurs démocratiques se sont réincarnées sous une forme nouvelle, dans un mouvement qui peut sembler moins menaçant aux dirigeants politiques que des manifestations étudiantes : le mouvement pour les droits civiques (weiquan yundong). Le cas ayant donné son élan au mouvement fut probablement celui de Sun Zhigang, un ingénieur battu à mort par les autorités locales de Guangzhou en 2003, parce que ces dernières l’avaient pris pour un migrant illégal. La nouvelle de sa mort répandue dans des journaux, puis sur le web, avait provoqué l’indignation populaire et trois juristes avaient envoyé une pétition aux autorités. Ces réactions, en exerçant une forte pression sur le gouvernement, avaient réussi à faire abolir le brutal système d’hébergement et de rapatriement des travailleurs migrants sans permis.

jeudi 4 juin 2009

Lu et vu: Tiananmen se discute...à Montréal



Le 1er juin, pour souligner le 20e anniversaire du massacre de Tiananmen, l’organisation Droit et Démocratie avait invité trois grands noms à participer une table ronde qui se déroulait au Centre d'Archives de Montréal. Rowena Xiaoqing He, chercheuse au Fairbank Centre for Chinese Studies de l’Université Harvard, Charles Burton, politicologue de l’Université Brock, diplômé en histoire de la pensée chinoise à l’Université Fudan de Shanghai, ainsi que Cai Chongguo, auteur du livre « J'étais à Tian An'men » et éditeur de la version chinoise du China Labour Bulletin, étaient réunis sur une même scène pour discuter de l’héritage laissé par le mouvement de 1989. Click here for English.


Dès le départ, Rowena Xiaoqing et Cai Chongguo mettent l’emphase sur le caractère déterminant qu’ont eu les événements de 89 sur eux, ainsi que sur la plupart des étudiants présents 20 ans plus tôt. Moment séminal, les événements tragiques survenus à la Place Tiananmen ont marqué leurs vies de façon indélébile en semant en eux les graines de la démocratie. C’est ainsi qu’ils ont trouvé le courage qui les a poussés à poursuivre la lutte contre l’oubli, à contester la lecture officielle de l’histoire imposée par le Parti Communiste, qui tente d’effacer cet évènement de la mémoire collective du peuple chinois. Rowena Xiaoqing qui affirme se sentir souvent seule et désespérée face à cette jeunesse ignorant cette page d’histoire, s’insurge face aux tentatives de Pékin de faire taire quiconque ose critiquer la version des faits.

Réactions à chaud: Temps pluvieux sur Harbin



Harbin connaît depuis hier, le 3 juin, une vague de froid et de fortes pluies. Comme si, devant le mutisme du gouvernement chinois entourant les tragiques évènements du 4 juin 1989, le ciel avait décidé de se faire la conscience d’une histoire étouffée. Click here for English.

Salut, me dit Zhou Meng qui vient d’arriver avec son ami au U.B.C café où je suis installé depuis quelques heures à lire les quotidiens de la ville. Il me présente son ami, Zhang Lei. Ce dernier a l’air un peu nerveux, méfiant. Tout deux sont étudiants au doctorat à l’Harbin Institute of Technology (parmi les 10 meilleures universités chinoises) et moi, futur sinologue québécois qui perfectionne son chinois dans la même ville. Je leur demande s’ils ont discuté, au moins abordé le sujet «de la place Tiananmen» avec leurs camarades de classe récemment.

«Hier, commence Meng, j’ai demandé à un ami s’il connaissait la signification du jour d’aujourd’hui, le 20ième anniversaire…..ce dernier me coupa pour me demander, sceptique, si c’était ma fête!» Cette anecdote rendrait bien compte de l’ignorance généralisée de la jeune génération autour des événements de Tiananmen. Mais Zhou Meng en rit. Il prend le tout avec un grain de riz. Il a étudié 3 ans au Canada dans le cadre de sa maîtrise. Cette période a complètement changé sa façon de voir l’histoire et l’évolution de son pays. Comme il parle parfaitement anglais et baragouine un peu le français, il s’informe régulièrement sur des sites étrangers. Zhang Lei est arrivé à une nouvelle version de son histoire et de 1989 par la culture du rock pékinois. Les thèmes abordés, l’histoire et le vécu de certaines des figures de proue de ce mouvement toujours underground l’ont éveillé.

Lu et Vu : Coma pékinois et devoir de mémoire

Le 4 juin 2009 marque le 20e anniversaire des événements de la Place Tian’anmen. La lecture du dernier roman / témoignage de Ma Jian, Beijing Coma, me semble ainsi toute indiquée pour la commémoration de la tragédie, d’autant plus que, avis à nos lecteurs non-sinologues, il a été publié en français en août dernier chez Flammarion. L’auteure de ces lignes vous conseille toutefois la version anglaise, celle-là traduite du chinois, alors que la version française a été traduite de l’anglais. Intitulé 肉土 (terre de viande) en chinois, ce roman est à l’image des œuvres de Ma Jian, entre fiction et réalité, entre témoignage et récit, entre histoire et liberté, entre désillusion et devoir de mémoire. Click here for English.

Ma Jian (马建), parfois surnommé le « Soljenitsyne chinois », est né en 1953 dans la pittoresque ville de Qingdao (province du Shandong). D’abord photojournaliste et peintre au service de la propagande, il se met à l’écriture de satires et de nouvelles dès les années quatre-vingt. Son style est rapidement jugé dérangeant par le régime et la surveillance exercée par les autorités pousse Ma Jian à quitter le continent pour Hong-Kong en 1987. Un an plus tard, l’auteur signe son premier roman, 亮出你的舌苔或空空荡荡 (La mendiante de Shigatze, publié chez Actes Sud en 1993) dont l’action se déroule au Tibet, où l’auteur dresse un sombre portrait de la culture tibétaine, à des lieues de « la jolie carte postale ». Le livre est évidemment immédiatement interdit en Chine. En 1990, il publie 拉面者 (Nouilles chinoises, publié en français chez Flammarion en 2005). Cette fois-ci, Beijing sert de toile de fond à l’intrigue, ficelée à travers la rencontre entre un écrivain à la solde du Parti et un homme ayant fait fortune dans le commerce du sang. Établi définitivement en Allemagne en 1997 puis, à Londres en 1999 avec sa femme et traductrice Flora Drew, Ma Jian signe ensuite 红尘 (Chemins de poussière rouge, publié en français aux Éditions de l’Aube en 2005), sorte de roman autobiographique où l’auteur raconte un périple entrepris en Chine, un pays auquel il est devenu étranger, un pays qu’il décrit comme corrompu à la moelle.


Ma Jian habitait Hong-Kong lorsque les événements de la Place Tian’anmen ont embrasé la capitale chinoise à l’été 1989. Solidaire des causes défendues par les manifestants, il a immédiatement quitté son repaire pour se joindre au mouvement. Dans les rues de Beijing, il a pris des photos et s’est mis à écrire ce qu’il ressentait face au déroulement et au dénouement des événements. Certains de ces souvenirs et de ces émotions couchées sur le papier ont été repris dans Nouilles chinoises puis dans Beijing Coma, que l’auteur mit dix ans à écrire.

Beijing Coma propose de revivre les événements de la Place Tian’anmen à travers la personne de Dai Wei, un leader étudiant debout sur les barricades et tenant haut et fermement sa banderole pour la liberté et la démocratie. Atteint d’un projectile à la tête par un policier en civil, l’étudiant au doctorat en biologie moléculaire de Beida entre dans un profond coma, sorte de vie parallèle où il se met à se remémorer par bribes les événements de sa vie et de celle de ses proches. Narrant les principales pierres angulaires de la vie de ses parents, son père « droitier » et sa mère, une communiste profondément convaincue, le comateux émerge finalement de sa prison dix ans plus tard, ne reconnaissant plus la Chine pour laquelle il s’est battu. À travers le fil conducteur du roman, le lecteur est donc « pris » dans la tête de Dai Wei et suit chronologiquement les événements qui menèrent à cette Chine dénaturée que nous décrit Ma Jian. On passe ainsi à travers des événements comme la Révolution culturelle (1966-76), où Dai Wei se souvient d’une jeune villageoise de seize ans dont le Parti ordonna qu’on mange le cadavre. « If you don’t eat the enemy, you’re the enemy ». À glacer le sang.

À travers la narration, l’auteur touche aussi à plusieurs sujets chauds en Chine contemporaine, notamment la hausse vertigineuse des coûts reliés aux soins de santé en Chine, l’avarice et la recherche de profit gagnant le commun des Chinois, l’attrait pour le Falungong (notamment chez sa propre mère), etc. La fin du roman, à défaut de voler le dénouement à nos lecteurs, évoque magnifiquement cette Chine mangée par le slogan du Président Deng « Être riche est glorieux » : les deux personnages principaux, l’un muet et l’autre fou, plaçant leur corps sur la route des bulldozers venus détruire leur bloc appartement.

L’essentiel du texte se concentre toutefois sur les événements de la Place Tian’anmen, que Ma Jian reprend un jour à la fois, un détail à la fois, ce qui titille d'ailleurs parfois la patience du lecteur. Sur les événements de la célèbre Place, le lecteur accueille avec intérêt un portrait très « Ma Jian » des événements, soit critique à souhait, l’auteur n’hésitant pas à souligner les luttes intestines entre groupes d’étudiants aux projets et slogans souvent opposés les uns aux autres, les stratégies qui divisent, l’attrait pour le vedettariat chez certains leaders et la lâcheté de certains, ceux qui ont quitté la table avant la fin du repas … Le portrait des événements est donc exclusivement limité à la vision estudiantine de son déroulement, les manifestations populaires ayant soulevé beaucoup de Pékinois ou de Chinois ordinaires sont à peine effleurées. Au cœur de leurs contradictions, ces étudiants sont néanmoins dépeints comme « ceux qui ont porté l’histoire sur leurs épaules » ; en nous faisant revivre cette histoire de l’intérieur, Ma Jian réussit ici un coup de maître. À travers ce portrait très physique, touffu et parfois terrible, c’est un plus d’un demi-siècle d’histoire que l’écrivain couche sur le papier.

Bref, à la lecture de ce roman parfois à saveur de règlement de compte ou de testament politique, on a l’impression que les exilés de Tian’anmen ont encore des choses à régler entre eux. Surtout, le lecteur, Chinois ou non, est invité à ce devoir de mémoire si cher dans l’écriture de Ma Jian. L’auteur est d’ailleurs reconnu, ces dernières années, pour ses prises publiques de position à cet égard : Tian’anmen ne doit jamais tomber dans l’oubli. « When you lie inside your silent dreams, your memories press into your flesh like iron nails » (p. 313)

Aujourd’hui, en ce 20e anniversaire des événements de la Place Tian’anmen, le livre est supposé être lancé à Hong-Kong et à Taiwan. Est-ce que les Chinois s’y reconnaîtront ? Ou est-ce que l’effacement de ces événements de leur histoire commune et mémoire collective les a à jamais plongés dans un « coma » ?

Bonne lecture !

Émilie Cadieux

mercredi 3 juin 2009

Lu et vu: Documentaire sur Tiananmen



Valérie Nichols nous recommande un excellent documentaire sur Tiananmen, réalisé par Al Jazeera, source peut-être peu consultée en Amérique du nord. 25 minutes à peu près, en deux parties, disponible ici. Entrevues avec des leaders du mouvement--Wuer Kaixi, Han Dongfang, entre autres--et avec des China-watchers occidentaux--Jan Wong (journaliste du Globe and Mail) et Perry Link (professeur de littérature chinoise à Princeton). Ton nuancé, images émouvantes.

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David Ownby

mardi 2 juin 2009

Lu et vu: Table ronde à Hong Kong sur Tiananmen



Le 1er juin, le Centre d'études français sur la Chine contemporaine à Hong Kong a organisé une table ronde sur “The Impact of the 1989 pro-Democracy Movement and its Repression on the Evolution of the Politics, Economy, and International Relations of the PRC.” Notre bloggeuse Valérie Nichols y fut et nous remet ce résumé.

Le CEFC a voulu frapper fort en organisant une table ronde réunissant des participants de Tiananmen. Les règles d’immigration en auront voulu autrement. Chen Ziming, Wang Chaohua, Wang Juntao et Wang Dan, tous d’éminents personnages associés aux manifestations de 1989, ne purent faire le voyage. Le panel s’en est trouvé réduit. La jolie salle du Foreign Correspondants Club n’en était pas moins bondée de journalistes étrangers et de spécialistes de la Chine. Mes attentes comme celles de plusieurs membres de l’audience étaient très élevées.

dimanche 31 mai 2009

Tiananmen et Tank Man: Jeu d'image, jeu de mémoire



La répression, dans le sang, des manifestations étudiants de 1989 sur la place Tiananmen, dont nous marquons la 20e anniversaire cette semaine, a inspiré un geste de résistance des plus émouvant--et des plus connu, mondialement--de la part d'un jeune Chinois connu seulement sous le nom de "Tank Man".



Cliquer ici pour voir le clip vidéo de la confrontation dans son intégralité. Tank Man monte sur le char blindé dans un effort pour parler aux soldats; d’autres Pékinois prennent Tank Man en mains, le sortant de la scène avant qu’il ne se fasse tirer dessus.

Depuis, cette image est rentrée dans notre mémoire collective, à la fois en Chine et en Occident, peut-être plus en Occident qu’en Chine d’ailleurs.



En Chine, au lendemain du bain de sang de 1989, le régime chinois lance une campagne de propagande dans l’objectif de racheter son image, surtout auprès des Chinois qui n’habitent pas dans les grandes villes et n’ont pas assisté aux manifestations. Un des thèmes alors martelés est celui de la violence des manifestants envers des jeunes soldats innocents; une des images mises de l’avant—dont je me rappelle très bien mais que je ne suis pas arrivé à retrouver—est justement celle d’un soldat, le corps noirci par les brûlures, pendu à la tourelle d’un char, lui aussi carbonisé. Les images suivantes permettent de se remettre dans le contexte, même si leur impact reste moindre.














Après 20 ans, les autorités chinoises restent sensibles sur la question; un bloggeur en Chine raconte que l’écran de son ordinateur devient blanc dès qu’il tape « Tank Man » dans Google. Des blogues étrangers—y compris le nôtre, en fait tout ce qui est sur blogspot—sont bloqués en Chine depuis quelques semaines.
En Occident, l’image du Tank Man a connu diverses mutations depuis vingt ans. Certaines gardent l’esprit critique de l’originale, comme celle-ci, qui compare—défavorablement—le « courage » de Google—et par extension d’autres services web occidentaux installés en Chine.

Ou bien celle-ci, plus fine, plus parlante


D’autres s’avèrent moins fines mais peut-être pardonnables –en l’occurrence, on le sait, les Simpsons se foutent de tout et n’importe quoi :



Par contre cette dernière est elle difficilement pardonnable



Chick-fil-a, boîte de malbouffe américaine, nous envoie le message suivant : mangez plus de poulet, moins de bœuf, car les vaches sont plus courageuses. Sans commentaire.

David Ownby

vendredi 29 mai 2009

Explorations : Confucius, Kang Xiaoguang, et l’avenir de la Chine (2)



Kang Xiaoguang, futur confucéen, fait ses études de bacc en mathématiques appliquées, et une fois diplômé en 1986, enseigne pendant 4 ans comme jeune professeur au sein du Département d’agronomie de l’Université de Shenyang, au nord-est de la Chine. En 1990, il entame ses études de maîtrise en écologie à l’Académie chinoise d’études en sciences sociales, à Beijing. C’est au lendemain de l’écrasement des manifestations de Tiananmen, la Chine se fait conspuer par la communauté internationale. La réponse chinoise? Une défense musclée de sa spécificité nationale : la Chine possède une culture et une expérience uniques, lui permettant de définir droits et démocratie comme bon lui semble, et gare aux sales étrangers qui lanceraient des complots contre la Chine sous prétexte de se soucier du bien-être du peuple chinois. Cette vague de nationalisme culturel, qui souffle encore de nos jours, Kang Xiaoguang baigne dedans; il est un étudiant ambitieux qui veut rendre service à la patrie et au peuple.

Diplômé en 1993, Kang se fait nommer chercheur au Centre de recherche en sciences éco-environnementales en 1994, et passe sa première année comme chercheur dans les villages de Guizhou, une des régions des plus pauvres de la Chine. Son but? Étudier de près les causes et les conditions de la pauvreté qui hante la Chine rurale. Il devient alors le champion public des pauvres, publiant des articles et des livres remettant en question la vision « néo-libérale » de l’époque, l’idée que les pauvres méritent leur sort parce qu’ils manquent de la « qualité » (suzhi) nécessaire pour faire mieux. De fil en aiguille, Kang s’implique dans les projets anti-pauvreté à l’échelle nationale, comme le Projet espoir, géré par le China Youth Development Foundation. Cette fondation est le symbole même de l’émergence d’une société civile à la chinoise, des groupes autonomes (ou semi-autonomes) qui prennent forme au cours des années 1990 et remplissent le vide créé par le démantèlement du système socialiste. Kang écrit d’ailleurs des articles et des livres pour fêter la capacité chinoise à se gérer sans l’ingérence de l’État. Kang considère qu’il assiste à la naissance de la nouvelle Chine, après un accouchement long et difficile.

Tiananmen: Bientôt 20 ans et le flou persiste





À première vue, rien n’est flou à propos de Tiananmen lorsqu’on regarde ce qui s’est passé : des manifestations étudiantes s’opposant aux aspects négatifs des réformes de Deng Xiaoping, dégénérant en mouvement social à grande échelle, le tout ayant été laissé mijoter par un gouvernement divisé, jusqu’à ce que l’aile radicale du Parti décide d’éliminer ce mouvement au moyen d’une intervention militaire plus que brutale. Pourtant, après vingt ans de recherches et de souvenirs, les interprétations semblent encore contradictoires, signe que la charge émotionnelle de cet événement n’a rien perdu.

Récemment, le site web du journal Le Monde a mis en ligne un montage multimédia à partir des photos prises par Patrick Zachmann, un photographe français, où il raconte sa participation au mouvement de la place Tiananmen du 13 au 23 mai 1989. Photos, témoignages et souvenirs ponctuent un tableau nostalgique d’une jeunesse chinoise idéaliste ayant lancé un mouvement comparable, selon les termes de l’auteur, à un Woodstock ou à un Mai 68 « à la chinoise ». Il complète ce tour multimédia par deux entrevues avec des Chinois de différentes générations, pour montrer les perspectives existantes en Chine quant à ce mouvement.


Quelques semaines plus tôt, sur un blogue intitulé « Fool’s Mountain : Blogging for China », Mark Anthony Jones exposait une vision radicalement différente du mouvement étudiant, utilisant les témoignages de grands noms du journalisme ou de la recherche sur la Chine (Andrew Nathan, Jan Wong…) pour en donner une version passablement plus complexe et moins romantique que celle de Zachmann.

Pour le grand public, ou bien pour le néophyte n’ayant pas fait de recherches approfondies sur ce sujet, avoir une vision claire est particulièrement difficile. Sujet tabou et censuré en Chine, bourré de charge émotionnelle partout dans le monde, il est normal qu’on cherche à le décrire en des termes familiers dans les médias. Entre la vision d’un « Woodstock » chinois et celle d’un mouvement de revendications plus froid, organisé et banal, comment départager ces deux visions ?

Peut-on voir les étudiants chinois comme des idéalistes au grand cœur, ayant défié leur gouvernement dictatorial au nom de leurs idéaux jusqu’au sacrifice final ? Ou bien peut-on voir cet événement comme un banal mouvement social que le gouvernement chinois a commis l’erreur de tolérer un peu trop longtemps ? Quelle était la place exacte des étudiants, des ouvriers et de la population générale en son sein ? Quelles étaient les revendications de tous ces groupes et à quel point étaient-ils unis ? Quel danger représentaient-ils pour que la réponse du gouvernement soit si violente ? Plus important encore : toutes ces questions sont-elles posées dans l’esprit de savoir ce qu’était le mouvement, ou dans l’esprit de ce que nous pensons qu’il a été ?

Toutes ces questions sont peu agréables à poser et difficiles à répondre. Il est cependant clair qu’apposer des étiquettes familières au public occidental sur les événements chinois risque à terme de nous éloigner de leur signification pour la conscience et le contexte chinois. Bien plus que Woodstock, c’est le mouvement du quatre mai et, bien plus présente dans la conscience populaire, la Révolution Culturelle qu’il faut considérer ici. Juger sévèrement la réaction du gouvernement chinois est nécessaire, comprendre la nature du mouvement de Tiananmen et de ses revendications l’est encore plus ; toutefois, il est indispensable d’envisager cet événement dans les termes et le contexte de l’histoire chinoise. C’est la seule concession que nous pouvons faire à cet événement tragique qui est loin d’avoir fini de monopoliser les esprits.


Ivan Barreau

jeudi 28 mai 2009

Explorations: Requiem pour le mythe méritocratique de l'université chinoise



À l’approche du gaokao (高考), l’examen national d’entrée à l’université, plus de dix millions de jeunes lycéens chinois s’apprêtent à jouer leur avenir. De ce nombre, un peu plus de la moitié accèdera aux études supérieures et à la promesse d’un avenir meilleur. Pour certains cependant, les bonnes notes ne suffiront pas : jugés trop petits, trop faibles ou inadéquats, les portes de plusieurs écoles ne s’ouvriront pas à eux.

Au cœur de la récente controverse, la Faculté de médecine de l’Université de Pékin (Beiyi) qui, le mois dernier, annonçait et défendait publiquement sa décision de restreindre l’accès à ses programmes aux candidats trop petits (moins de 1,50m pour les filles et 1,60m pour les garçons), dont le poids dépasse de 20% le poids santé ou étant porteurs de l’hépatite B.

Jugées excessives par plusieurs activistes et avocats chinois, ces mesures ne sont cependant que le reflet de critères officieux d’admission ou d’embauche déjà existants. En effet, les histoires de jeunes chinois subissant des chirurgies d’allongement des jambes ou de porteurs de l’hépatite B renvoyés de leur écoles ou refusés à l’embauche sont fréquentes. Ce qui choque ici est de voir une Faculté de la plus prestigieuse université de Chine s’en réclamer ouvertement. Et derrière elle, une bonne partie des établissements d’enseignement et de recherche les plus prestigieux du pays.

mercredi 27 mai 2009

Explorations : « Chacune d’entre vous pourrait être Deng Yujiao » (谁都可能成为邓玉娇)




Deng Yujiao (邓玉娇), employée d’un karaoké de l’hôtel Xiongfeng (雄风) de Yesanguang (野三关) (province du Hubei), déferle actuellement les manchettes en Chine. Sur le web chinois, l’affaire est progressivement devenue le sujet de l’heure et des millions d’internautes se sont mobilisés, depuis le 10 mai dernier, derrière la cause de la jeune Yujiao. C’est que le 10 mai dernier, Deng Yujiao, alors affairée dans la buanderie du 梦幻休闲中心 (Centre de loisirs et relaxation ‘Cité des rêves’), fut abordée par deux hommes qui auraient exigé d’elle, en échange de quelques yuans, des « services particuliers (特殊服务) », i.e. sexuels. Elle aurait catégoriquement refusé les avances, ce qui aurait provoqué la colère de l’un deux, un cadre du Parti et, de surcroît, un directeur d’un bureau administratif local. Le cadre en question l’aurait ensuite frappée au moyen de sa liasse de billets, l’aurait menacée en lui vociférant des insultes puis, l’aurait plaquée sur un divan, menaçant de la violer. Ce fut cette histoire que Deng Yujiao raconta aux policiers afin d’expliquer pourquoi, en cette soirée du 10 mai, elle en était venue à poignarder le cadre Deng Guida à mort au moyen d’un couteau à fruits (ou à pédicure ?) qu’elle avait dans son sac.

Cette affaire, qui fit le tour de la Chine en l’espace de quelques heures, fait apparaître plusieurs sujets tabous dans le discours public chinois, notamment ceux du harcèlement sexuel et de la prostitution, devenus de véritables fléaux dans la Chine des vingt-cinq dernières années. Mais, aussi, ce qu’on appelle désormais « le cas du viol de Deng Yujiao (邓玉娇被强奸) » témoigne de la rapidité à laquelle les informations voyagent désormais sur le web chinois, ainsi que la puissante force mobilisatrice qu’il constitue. Vendredi dernier, le Bureau de l’information de Pékin a même explicitement défendu de faire de la publicité autour du cas de Deng Yujiao ou de l’enquête en cours. Mais il était déjà trop tard; les langues déliées et les doigts des bloggeurs ont transformé le cas de Deng Yujiao, à l’image de celui de Sun Zhigang il y a quelques années, en « cas parapluie » afin de dénoncer divers maux affligeant la société chinoise, notamment la commercialisation du sexe, la corruption des fonctionnaires et des autorités, l’inefficacité du système judiciaire, la censure des médias et la dégradation des droits et intérêts des femmes. Texte integral

Emilie Cadieux

mardi 26 mai 2009

Lu et vu: Voix d’outre-tombe



J’étais en Chine lorsque j’appris la mort de Zhao Ziyang en mai 2005. Quelle ne fut pas ma surprise de réaliser qu’aucun de mes jeunes amis dans la vingtaine, la plupart pourtant des étudiants universitaires, ne connaissaient le nom d’une des figures les plus marquantes de la vie politique chinoise des années 1980.

A la loi martiale imposée par le régime en juin 1989 pour reprendre le contrôle à partir des manifestants, Zhao Ziyang s’y opposa jusqu’au bout. Alors que les manifestations firent rage de Pékin à Wuhan, le Secrétaire général du Parti communiste d’alors réclame le dialogue avec les chefs-étudiants. Seule une relaxation de la ligne dure du parti saura, insiste-t-il, éviter un bain de sang. Il ne sera pas écouté. Dans la soirée du 3 juin, les tanks pénètrent la ville. Au matin, la place Tiananmen est vidée et ceux qui l’ont fait vibrer pendant plusieurs semaines, recherchés…ou enterrés. Zhao Ziyang, pour sa part, écope: destitué de ses fonctions, il est sommé à résidence surveillée.

Voila ce qui explique l’engouement entourant la publication de Prisoner of the State: The Secret Journal of Premier Zhao Ziyang (lire des extraits) à l’approche du vingtième anniversaire des evenements de Tiananmen. Celui qu’on avait tenté de faire disparaître a réussi un coup de génie : se faire entendre—du moins en Occident—pour une dernière fois.

lundi 18 mai 2009

Explorations: La couleur de la Chine



De quelle couleur est la Chine? À cette question, la plupart des Chinois vous répondraient sans doute spontanément : « rouge! » D’autres pourraient aussi être tentés de répondre « brune ». En effet, en regardant les sérieux problèmes de pollution présents tant en campagne que dans les villes, le point de vue se défend. Aujourd’hui par contre, la Chine sera verte. Internationalement, il est à souhaiter que l’arrivée de cette Chine Verte vienne souffler un vent de dynamisme sur un secteur qui semble parfois manquer de repères.

Économie d’énergie, voitures électriques, énergies propres…l’innovation en matière d’environnement ne se frappe pas aux limites du cerveau humain, mais plutôt aux limites de sa volonté et de son budget. Or, il se trouve que, plus que jamais, ces deux variables abondent en Chine. Au-delà de la rhétorique entourant le débat relatif au droit au développement, la Chine fait maintenant face aux limites physiques de son environnement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2007, le Chinois moyen produisait 5.1 tonnes de CO2 alors que l’Américan moyen, lui, en produit 19.4 tonnes. Avec plus d’un sixième de la population mondiale, il n’est pas difficile de comprendre que la théorie du rattrapage devra tôt ou tard rendre des comptes à dame nature.

Réactions à chaud: Montée de tension en Mer de Chine



Au cours des dernières années, la Chine est parvenu à régler ses contentieux terrestres avec 13 de ses voisins. La situation ne progresse cependant pas aussi rapidement en mer. En effet, sur la Mer de Chine, les visées chinoises entrent encore en conflit avec celles de la quasi-totalité des pays de l’Asie Pacifique. Pour chacun des partis impliqués, les intérêts sont les mêmes : acquisition de domaines de pêche, contrôle d’importants gisements d’hydrocarbures ainsi que la sécurisation de couloir d’approvisionnement maritime. Du côté chinois, l’enjeu est de taille. 90 % de son commerce extérieur transite par la mer de Chine, 80 % de ses importations en pétrole y transige.

Alors qu’au cours des dernières années, une approche de gestion partagée semblait vouloir s’imposer, l’actualité de la semaine nous rappelle qu’au-delà de la bonne volonté, chaque partie demeure campée sur ses positions et se refuse à toute concession qui pourrait laisser une trace légale sur le plan du droit international. Le premier épisode de la semaine se déroula à l’ONU. La date limite pour déposer des requêtes territoriales maritimes, selon le “UN Law of the Sea Treaty”, arrivant à échéance le 6 mai dernier, 4 pays de l’Asie Pacifique tentèrent d’officialiser leurs prétentions sur les îles Spratly et Parcels. Les doléances malaises et vietnamiennes furent particulièrement mal reçues par Pékin. Celles-ci déclenchèrent une ronde d’intenses protestations diplomatiques ainsi qu’une montée des tensions entre la Chine et le Vietnam, ce qui déboucha sur une série d’accrochages entre les navires étasuniens et chinois en mer de Chine cette semaine. La décision du Vietnam, en avril dernier, de faire l’acquisition de 6 sous-marins russes de combat n’est pas non plus étrangère au conflit qui perdure dans cette région.

vendredi 15 mai 2009

Réactions à chaud: « L’espion qui venait de Taiwan », ou les dessous des relations sino-américaines



Les amateurs d’histoire d’espionnage ne restent jamais sur leur faim avec les relations sino-américaines. De nouvelles affaires viennent en effet périodiquement apporter de l’eau au moulin de tous ceux accusant la Chine de comportement agressif sur la scène internationale. Qu’on se souvienne de l’affaire de l’ex-agent chinois Li Fengzhi , des nombreux cas de cyber-espionnage chinois sur des sites américains, le thème revient périodiquement depuis de nombreuses années.

La dernière affaire en date est celle où James W. Fondren, fonctionnaire du Department of Defense, accusé d’avoir vendu des documents classifiés à un homme d’affaires taiwanais, Tai Shen Kuo, ce dernier ayant selon le quotidien Huffington Post plaidé coupable d’espionnage pour le compte de la République Populaire. Fondren serait, selon le journal, le deuxième fonctionnaire de la défense américaine à avoir fait passer des documents sensibles à cet agent du gouvernement de Beijing, croyant à tort qu'ils servaient la cause taïwanaise. L’année dernière, un de ses collègues, Gregg Bergersen, aurait lui aussi vendu des documents d’État contre paiement à Tai Shen Kuo.

jeudi 14 mai 2009

Explorations: Confucius, Kang Xiaoguang, et l’avenir de la Chine (1)



Depuis quelques temps déjà, le gouvernement chinois, et d’abord le Parti communiste chinois (PCC), vit une véritable crise de légitimité. La crise évolue au ralenti car elle est issue du grand succès économique que connaît l’Empire du milieu depuis trente ans. Succès dont les leaders du Parti peuvent se targuer d’avoir été les auteurs. Qu’en est-il de la nature de la crise? C’est que le marxisme-léninisme, la doctrine « scientifique » servant de base théorique avérée à la légitimité du PCC, n’a joué aucun rôle dans la montée fulgurante de la Chine depuis la mort de Mao Zedong. Les forces du marché, oui. La mondialisation, oui. L’autoritarisme, peut-être. Mais on peut être autoritaire sans être marxiste, ce que le PCC (et peut-être le peuple chinois, voilà le hic) n’est pas sans savoir. D’où la tentation confucéenne.

Pour les leaders du Parti, comme pour certains intellectuels chinois d’ailleurs, le confucianisme est synonyme de tradition glorieuse, de fierté nationale, de société hiérarchisée et de gouvernement autoritaire. Il s’agit surtout d’une marque de commerce bien connue dont le produit reste à définir. De fait, tout au long du 20e siècle, le confucianisme a été l’objet de condamnations répétées pour avoir été à la fois symbole et substance de l’ordre « féodal », un ordre que les modernisateurs, qu’ils soient communistes ou républicains, auraient voulu voir définitivement disparaître. De sorte que, depuis 60 ans, il ne reste plus grand-chose du confucianisme en Chine—plus d’écoles ou d’académies, plus d’écrits, plus de professeurs. Certains comportements et habitudes exceptés, bien ancrés dans les mœurs et dans la culture chinoises. Si tant est qu’on puisse d’ailleurs les étiqueter de « confucéens » , à mes yeux, ils seraient bien davantage et tout simplement… « chinois ». Quoiqu’il en soit, en un temps où tout ce qui est « traditionnel » prend un certain cachet, voire de la valeur, il semble plaire aux Chinois d’apprendre qu’ils sont bel et bien restés confucéens. Et c’est sur ce terrain de redécouverte (ou de réinvention?) de cette tradition que le PCC songe peut-être à rasseoir sa légitimité.

mardi 12 mai 2009

Réactions à chaud: Jackie Chan à la rescousse de l’autoritarisme en Chine



Loin d’être tiré du scénario de l’un de ses prochains films, c’est en ces termes que s’exprimait Jackie Chan lors du Boao Forum qui s’est tenu sur l’île d’Hainan le 18 avril dernier :

“I’m not sure if it’s good to have freedom or not…Freedom has made Hong Kong and Taiwan very chaotic…I’m gradually beginning to feel that we Chinese need to be controlled. If we’re not being controlled, we’ll just do what we want.”

Après coup, Chan insistera sur le fait que ses propos avaient été cités hors de leur contexte et qu’il parlait du contrôle de l’industrie cinématographique seulement. Mais c’était déjà trop tard : les médias et la blogosphère avaient trouvé en ses propos leur cause du jour et le pauvre comédien de se faire traiter de tous les noms. Comme quoi en Asie—comme en Amérique—on peut passer rapidement du cinéma, au théâtre (politique), voire au cirque.

lundi 11 mai 2009

Le pourquoi de notre blogue



Comme est souvent le cas dans la « blogosphère », « La Chine à notre porte » s’inspire d’un autre blogue, ce dernier créé dans le cadre d’un cours que j’ai donné la session d’hiver 2009 au Centre d’études de l’Asie de l’Est de l’Université de Montréal. À chaque semaine ou presque, les étudiants ont monté des billets sur le blogue, dans l’optique de profiter de cet espace virtuel pour mettre en commun les connaissances acquises, permettant ainsi un apprentissage à la fois plus rapide et plus approfondi que d’habitude.

À la fin du cours, certains étudiants m’ont communiqué leur intérêt à poursuivre le blogue au-delà du cadre du cours. Cet intérêt a rejoint une idée que je nourris de mon côté, à savoir de lancer un blogue personnel où il serait question de commenter l’actualité chinoise, m’adressant à un auditoire plus large que celui de mes collègues sinologues. Pourquoi? Parce que malgré l’importance manifeste de la montée de la Chine dans un contexte québécois et/ou canadien, la Chine figure peu dans nos médias. Oui, la Chine fait la une au Québec comme ailleurs quand il arrive quelque chose d’important, mais à part cette couverture médiatique ponctuelle, la Chine reste assez distante de nos préoccupations quotidiennes. Et ce, même si la montée de la Chine risque d’être aussi importante à l’avenir de nos enfants et petits-enfants que le réchauffement de la planète. Depuis une décennie déjà, le plus important groupe d’immigrants à Montréal, c’est des Chinois…

Il y a donc largement de la place pour des discussions régulières de la Chine, mises à la disposition des lecteurs intéressés. J’ai donc invité mes étudiants aux trois cycles, certains anciens étudiants, des collègues du CETASE et même des collègues d’ailleurs à faire partie d’une équipe qui va sûrement évoluer dans le temps et dans l’espace (car au moins 2 des contributeurs partent bientôt pour faire leur maîtrise, en chinois, en Chine). Les noms et profils des contributeurs paraîtront sous peu sur le blogue sous la rubrique « contributeurs. »

De quoi parlera-t-on? Nous avons établi d’abord deux « chroniques », « Lu et vu » et « Réactions à chaud ». Dans « Lu et vu » se trouveront des comptes-rendus de livres, films, reportages, documentaires sur la Chine. Aussi des blogues intéressants, des conférences données par des Chinois de passage à Montréal ou sur la Chine par les conférenciers intéressants. Bref, tout ce qui touche à l’image de la Chine véhiculée surtout dans les médias. Dans « Réactions à chaud » nous donnerons nos commentaires sur l’actualité chinoise, avec un peu plus de recul, histoire de tout remettre dans un contexte plus large et plus nuancé.

S’ajouteront aux deux chroniques de base des « Explorations» ponctuelles qui iront plus en profondeur sur les thèmes qui piquent l’intérêt de notre équipe. Parmi ces thèmes : le retour de la religion en Chine, la Chine verte, la Chine digitale, les Chinois à Montréal…

À suivre

David Ownby