mardi 29 septembre 2009

Un 60ème anniversaire pas si réjouissant finalement




Un 60ème anniversaire pas si réjouissant finalement: la crise de la soixantaine?

On parle beaucoup des festivités entourant le 60ème anniversaire de la Chine ces jours-ci. À Hong Kong, mes amis discutent du restaurant avec la meilleure vue pour assister aux feux d'artifice, de la meilleure fête de fin de soirée pour célébrer, etc. Le 60ème anniversaire ne semble qu'être une autre de ces belles occasions pour célébrer pour des gens de tous acabits, de toute provenance.

Cependant, un anniversaire ne se résume jamais uniquement à une célébration. Plus souvent qu'autrement, il amorce une période de constat et d'autocritique.

Dans l’édition de cette semaine du Time Magazine (5 octobre 2009) (lire l'article complet), l’architecte chinois Ai Weiwei signe un pamphlet bien senti sur l'état de la Chine actuelle. Ai Weiwei est l’un des personnages publics chinois les plus intéressants, colorés mais aussi courageux de la Chine d'aujourd'hui. Il combine une carrière internationale remarquable dans le milieu des arts à une bataille publique acharnée contre les excès du gouvernement chinois. Son arme de choix: l'internet.

samedi 19 septembre 2009

Célébration socialiste Sino-Nord-coréenne à Chengdu



Le nucléaire est mis à l’écart pour faire place à la culture

Il fut un temps où seul le divertissement à forte teneur patriotique était permis en Chine. À cette époque, "La petite vendeuse de fleurs" (卖花姑娘) , opéra nord-coréen, plus tard adapté en film, faisait fureur au sein de l’empire du milieu. Côté récréation, 30 ans après les réformes économiques mises de l’avant par Deng Xiaoping, la situation est méconnaissable. Aujourd’hui, l’art nord-coréen a presque totalement disparu en Chine. Lorsque que la nouvelle de la venue de l’Orchestre Cinématographique Nationale Nord-Coréen vint à nous à Kunming, les 24 heures de train qui nous séparaient de Chengdu n’arrivèrent pas à calmer notre enthousiasme. Dans 50 ans d’existence, l’orchestre n’avait jamais quitté sa terre natale. La Chine semblait tout désignée pour célébrer ce baptême international. Pour la modique somme de 62 dollars canadiens, d’excellentes places au parterre nous attendaient pour ce moment qui promettait d’être pour le moins… bouleversant.

vendredi 18 septembre 2009

Comment devenir un universitaire tout-puissant dans la Chine post-Tiananmen: l’exemple du parcours de Wang Hui ou les cinq clés du succès



Un parcours sans faute au sein du système universitaire chinois, des séjours prolongés dans les institutions phares des États-Unis, une masse touffue de publications en anglais et en chinois, un rôle actif dans la vie intellectuelle chinoise ainsi qu’une plume qui ne laisse personne indifférent sauf les censeurs du parti communiste sont les clés du succès pour l’universitaire chinois d’aujourd’hui. Avis aux intéressés.


Wang Hui (汪晖), professeur de littérature chinoise de l’université Tsinghua, s’intéresse aux différentes narrations de la modernité proposées par des penseurs chinois depuis la dynastie Song. Vous me suivez? Son auditoire cible se compose de jeunes étudiants férus de philosophie et de théoriciens occidentaux carburant aux nouvelles manifestations de la postmodernité. Pour la plupart des Chinois, Wang Hui n’est donc qu’un autre de ces illustres inconnus, un intellectuel à l’ego fort mais sans grande utilité.

Paradoxalement, l’universitaire jouit d’une réputation enviable au sein de la communauté universitaire internationale. Selon la revue Foreign Policy, Wang fait partie des 100 intellectuels publics les plus influents du monde en 2008. Pour donner un petit aperçu de la liste, Wang Hui y côtoie le philosophe montréalais Charles Taylor, l’écrivain à succès Malcom Gladwell qui vient de publier The Outliers et le chef du parti libéral du Canada, Michael Ignatieff. Du côté chinois, certains reconnaitront l’économiste Fan Gang et l’éditrice du très pertinent magazine d’affaires publiques Caijing Hu Shuli.

Certes, Wang Hui n’a pas de talk-show à la Oprah et fait très peu dans la vulgarisation. Il ne lie sa voix avec aucune victime de la dureté du régime (Hu Jia, Liu Xiaobo…). Bref, Wang ne fait ni dans le populaire, ni dans la dissidence. Il est avant tout un universitaire de première classe publiant incessamment sur une variété de sujets allant du scientisme à la problématique de l’indépendance tibétaine, de la philosophie de Kang Youwei aux conditions de simples ouvriers, le tout en se référant a des modèles théoriques complexes empruntées aux courants les plus progressifs de littérature comparée.

La thèse que je soutiens ici est que la construction de l’influence universitaire en Chine est de plus en plus basée sur un système de méritocratie à l’Occidental. En tout état de cause, Wang Hui est un bon exemple d’un nouveau type d’intellectuel qui a émergé dans la Chine d’après 1978. Professionnellement consacré par son poste à Tsinghua et ses nombreuses reconnaissances nationales et internationales, Wang Hui a le parcours typé de l’universitaire convoité par les institutions universitaires chinoises :1) une formation partielle en Occident, préférablement aux États-Unis; 2) un rayonnement à l’étranger; tout en maintenant; 3) un rôle actif sur la scène intellectuelle en Chine continentale; 4) une ligne de pensée qui tout en demeurant critique de la situation présente, ne chamboule pas trop le parti et ne l’attaque pas de front; 5) une capacité à créer la polémique au sein de la communauté intellectuelle chinoise.

lundi 14 septembre 2009

Le modèle chinois…nouvelle importation américaine





Le modèle politique chinois a été régulièrement évoqué par les médias cet été dans le contexte des élections iraniennes, à la fois en tant que régime autoritaire prêt à intervenir pour museler les revendications démocratiques d’une partie de sa population, mais aussi en tant qu’exemple positif de régime mûr et stable—si toujours autoritaire. Rien de surprenant alors à ce que les médias soulignent l’existence de possibles parallèles entre les élections en Iran et les événements de Tiananmen dont c’était le vingtième anniversaire cet été. Par contre, l’idée que la Chine actuelle serait un modèle que les autorités iraniennes devraient suivre a de quoi faire réfléchir.